| Entretien avec le vétérinaire André Menache, consultant scientifique pour la Coalition Anti Vivisection. |
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André Menache, vétérinaire et consultant scientifique pour Animal Aid, a accepté de répondre aux questions de Virginie Bronzino du site d'information VegAnimal. Cet entretien a été réalisé en mars 2006 avec l'aide de Rebecca Palmer.
Né à Antwerp in 1954, André Menache a vécu en Afrique avant d'obtenir en 1980 son diplôme de l'école de médecine vétérinaire en Afrique du Sud. Il a déménagé par la suite en Israël, où il a collaboré à la fondation de la première société antivivisection au pays in 1983. Pendant son séjour en Israël, il a également occupé le poste de directeur général de NOAH, la fédération des sociétés de protection des animaux qui a mené avec succès une campagne juridique visant à interdire le gavage des oies pour la production de foie gras. De plus, il a été président du groupe britannique " Doctors and Lawyers for Responsible Medicine " de 1996 à 2000. Il vit actuellement au Royaume-Uni, où il est consultant scientifique auprès de Animal Aid, association établie dans le comté de Kent.
André, en tant que consultant scientifique pour une association britannique qui défend les droits des animaux (Animal Aid), comment définiriez-vous le terme " droits des animaux " ? Quels droits les animaux doivent-ils avoir ? L'idée de donner des " droits " aux animaux déconcerte souvent le public. Il est vrai que nous ne pouvons leur accorder de droits de vote. Peut-être devrait-on alors définir les droits des animaux comme " leur droit de vivre sans douleur et sans souffrance, dans leur environnement naturel ", autant qu'il est humainement possible de le faire (selon la Déclaration Universelle des Droits de l'Animal proclamée le 15 octobre 1978 au siège de l'UNESCO à Paris). Je dirais aux personnes qui ne se soucient pas de la souffrance animale qu'elles n'ont pas à aimer les animaux, simplement de les respecter.
Vous êtes un chirurgien vétérinaire. Pensez-vous que la majorité des vétérinaires ont choisi cette profession parce qu'ils aiment les animaux ? Plus généralement, que pensez-vous du business autour de l'animal de compagnie (éleveurs, propriétaires, association de protection animale, etc.) ?
C'est une question directe, mais la réponse, elle, l'est beaucoup moins ! Oui, je dirais que la plupart des vétérinaires aiment les animaux, chacun à sa façon. C'est ce qui expliquerait pourquoi certains vétérinaires prennent soin des vaches, pour ensuite les manger. Dans le cas des animaux de compagnie, nous vivons dans un monde fortement concurrentiel, où les membres de la profession ont réagi en devenant des entrepreneurs. Comme dans la plupart des autres sphères de la vie, c'est la responsabilité du public de s'informer, d'agir de manière responsable avec leurs animaux de compagnie, de se renseigner sur les traitements conventionnels et complémentaires, et d'apprendre comment sont préparés les aliments pour animaux de compagnie. En tant que vétérinaire qui a travaillé dans des refuges pour animaux pendant presque toute ma carrière, je préconise la mantra : éducation, législation, stérilisation. Un public averti est un outil puissant pour façonner les tendances de consommation. Si le public cesse de soutenir les courses de chevaux de la même manière qu'il l'a fait pour la coupe-queue, ces activités vont régresser.
Qu'est ce qui vous a fait devenir un défenseur de l'antivivisection ?
Quand j'étais un jeune étudiant en médecine vétérinaire, j'ai été témoin d'expérimentation menée sur des animaux.
Ces 20 dernières années, l'utilisation d'animaux en laboratoire a baissé de moitié (en France et Royaume-Uni). Pensez-vous que cela soit dû à l'influence des antivivisectionnistes ou au fait que les gros labos n'investissent plus dans la recherche et dans la découverte de grandes molécules innovantes ?
La pression exercée par le public a sans aucun doute contribué de manière importante à la réduction des tests sur les animaux, principalement grâce à des campagnes organisées par le mouvement antivivisectionniste. Toute méthode qui remplace l'utilisation des animaux doit être bien accueillie. Par contre, il ne faudrait pas duper le public. Beaucoup de ces tests menés sur des animaux pourraient, et devraient, avoir été remplacés il y a 20 ans. C'est uniquement à cause de la pression exercée par le public que les gouvernements et l'industrie commencent à bouger dans la bonne direction.
Il faut en moyenne dix ans pour valider une seule méthode de test non pratiquée sur des animaux. Cela peut prendre encore cinq ans pour que la méthode validée obtienne l'approbation finale des organismes de réglementation. On parle donc au total de 15 ans. De plus, au cours des dernières années, seulement un petit nombre de ces méthodes de remplacement ont obtenu l'approbation des autorités. À ce rythme, on continuera à faire des tests sur des animaux pendant encore 500 ans. Si l'industrie pharmaceutique voulait accélérer les choses, elle le pourrait - elle possède l'argent et l'infrastructure nécessaires. Au lieu de cela, cet important travail a été laissé entre les mains de petites organisations caritatives qui doivent s'occuper de mener des campagnes de levée de fonds pour trouver des solutions de remplacement aux tests sur des animaux. Ces organisations ne peuvent pas rivaliser avec l'industrie pharmaceutique, ce qui ralentit la mise au point de méthodes de tests qui ne sont pas menés sur des animaux et nous mène là où nous sommes rendus aujourd'hui, où l'on utilise très peu de méthodes de remplacement aux tests sur les animaux.
Le médicament est une arme politique. Les États sont dépendants de l'industrie pharmaceutique, et non l'inverse. Comment lutter contre l'expérimentation animale par une industrie qui s'est transformée, au gré des fusions et rachats de laboratoires, en véritable puissance économico-politique ?
La plupart des gens ne sont pas conscients du lien qui s'est tissé à ce niveau, malgré que les médias dévoilent à l'occasion certaines tactiques utilisées par l'industrie pharmaceutique (p. ex., qui au juste supervise les tests de médicaments dans les pays du tiers monde, ou encore la non-publication des résultats négatifs obtenus après des essais cliniques). L'industrie pharmaceutique est puissante, mais elle n'est pas toute-puissante. Elle ne peut pas duper tout le monde tout le temps avec des données scientifiques erronées. Voilà pourquoi l'argument scientifique contre les expériences sur les animaux est si fort - parce qu'il démontre clairement que les animaux peuvent être utilisés pour prouver, ou pour réfuter, qu'un médicament ou un produit chimique " ne représente aucun danger " ou " représente un danger " pour la consommation humaine - selon le but de l'expérimentateur. Ce n'est plus un secret que la loi n'oblige pas les autorités de réglementation ni l'industrie pharmaceutique à se fier aux tests sur les animaux (voir la directive 86/609/EEC). Plutôt, ceux-ci sont " satisfaits " des données obtenues grâce aux animaux, parce que celles-ci servent leurs visées. Les tragédies liées aux médicaments nous rappellent que les tests sur les animaux sont dangereusement trompeurs (tout dernièrement le cas des six " volontaires " humains en santé qui ont participé en mars 2006, à Londres, à un essai visant un médicament expérimental). Nous ne pouvons de toute évidence nous fier aux données obtenues grâce aux tests sur des animaux. Et tout aussi important, comment pouvons-nous faire confiance à des autorités en matière de santé qui continuent à se fier aux données obtenues sur des animaux ?
Que pensez-vous de REACH [1] ? Fallait-il être contre REACH, comme l'industrie pétrochimique l'était ?
L'objectif recherché par REACH est fondamentalement positif, si l'on fait abstraction de l'expérimentation animale. En fait, nous devrions l'avoir fait voilà environ 25 ans, avant que ces 30 000 produits chimiques aient été répandus dans notre environnement et introduits dans nos aliments. Le temps est venu d'évaluer la toxicité de ces milliers de produits chimiques, dont certains sont dangereux pour la santé des humains et des animaux ainsi que pour l'environnement. Un sondage réalisé en 2003 par le Fonds mondial pour la nature (WWF) a révélé que chaque personne testée au Royaume-Uni était contaminée par un cocktail de produits chimiques hautement toxiques, dont certains sont interdits depuis aussi longtemps que 1970. Le problème le plus important avec REACH est son intention de procéder à des expériences sur les animaux au lieu d'utiliser des méthodes scientifiques modernes dont les résultats sont beaucoup plus exacts et pertinents. (Pour obtenir de plus amples renseignements sur ces méthodes modernes, veuillez visiter le site : http://www.antidote-europe.org/. Il n'est pas trop tard pour exercer des pressions sur le Parlement européen pour leur faire adopter ces méthodes modernes qui n'utilisent pas d'animaux.
Vous êtes un scientifique antivivisectionniste [2] et vegan [3]. Pourquoi si peu d'antivivisectionnistes sont vegan, surtout ceux qui sont scientifiques ? Est-il mal vu de montrer de la compassion animale dans le milieu scientifique ?
Le monde est rempli d'incohérences. Chaque personne est unique, et chacune a son propre seuil de tolérance.
Grâce à l'amoncellement des preuves scientifiques qui établissent l'existence de la conscience animale, les comparaisons entre les sentiments humains et animaux ne sont plus une telle hérésie scientifique. Il a été récemment démontré que les rats émettaient des ultrasons équivalant au rire humain !
Pendant la guerre 14-18, Adolf Hitler recueillit un chien errant. Lorsque les autres soldats se sont moqués de lui et de son animal, il battit le chien et le tua [4]. Pensez-vous que le comportement d'Hitler envers le chien soit symptomatique de la maladie mentale de cet homme ou de la société entière ?
S'il y a une leçon à tirer de cette histoire, c'est que la violence envers les animaux est souvent une indication de violence future envers les gens. On a établi une corrélation entre les mauvais traitements infligés aux animaux, la violence familiale et d'autres formes de violence dans la collectivité. Les personnes qui commettent des crimes avec violence sont beaucoup plus susceptibles que d'autres d'avoir maltraité des animaux de compagnie et des animaux errants au cours de leur enfance.
Les premières lois qui régissaient les animaux en laboratoire remontent à 1876 [5], tandis que les humains utilisés dans les expérimentations ont dû attendre 1964 avec la Déclaration d'Helsinki. Que pensez-vous de la législation pour "protéger" les animaux et les humains qui subissent des expériences médicales ? Que pensez-vous de l'utilisation d'humains sains en Phase I d'une étude médicale ?
La Loi de 1876 a été remplacée par la loi Animals (Scientific Procedures) Act 1986. Toutefois, cette loi n'a pas réussi à protéger les animaux. Elle protège plutôt les chercheurs des poursuites intentées en vertu de la loi intitulée Protection of Animals Act 1911, pour des motifs d'actes de cruauté commis à l'endroit des animaux. La loi de 1986 permet aux chercheurs d'infliger [traduction] " de la douleur, de la souffrance, de la détresse ou un tort durable ".
Des ratés importants existent également sur le plan de la protection des humains qui participent à des expériences (l'expression " essai clinique " sonne tellement mieux que " expérimentation sur des humains ", mais en fait c'est la même chose). La Déclaration d'Helsinki, qui est l'écho de l'Association Médicale Mondiale, est en soi quelque peu contradictoire. D'un côté, elle essaie de préserver la santé humaine, mais de l'autre, elle permet que l'on utilise des " volontaires " humains sains en recherche médicale. Aucune loi n'oblige les sociétés pharmaceutiques à tester leurs produits sur des personnes saines. Il faut donc conclure que des humains sains sont utilisés parce que c'est la seule manière d'obtenir des données humaines - personne ne fait vraiment confiance aux données obtenues sur les animaux - pas même les sociétés pharmaceutiques !
La société devrait toutefois se demander s'il est justifiable, sur le plan éthique ou scientifique, d'utiliser des personnes saines (plus particulièrement des enfants et des bébés sains !). Je dirais que la société a le devoir de protéger d'eux-mêmes ces individus sains - ils ne savent pas, et ne peuvent pas savoir, les risques auxquels ils s'exposent, puisqu'ils seront les tout premiers humains à recevoir le médicament expérimental.
Les médias au Royaume-Uni ont rapporté qu'il était possible que la société ayant recruté les six " volontaires " sains pour une étude de phase 1 à Londres ait éprouvé des problèmes à recruter des patients atteints de cancer. Le temps nécessaire pour trouver des participants (c.-à-d. des patients) aptes à participer à un essai clinique peut occasionner des retards qui coûteront des millions de livres à la société pharmaceutique (Trial and Terror, Sunday Observer, 19.03.06). Les tests sur les animaux qui procurent de " bons " résultats donnent aux chercheurs un faux sentiment de sécurité, ce qui leur permet d'essayer de nouveaux médicaments sur des personnes beaucoup plus tôt que s'ils n'avaient pas utilisé des données obtenues sur des animaux.
Le public ne sait pas non plus que 90 % des nouveaux médicaments ne sont pas des produits sauveurs, mais de simples succédanés (" me too ") - c.-à-d. des médicaments qui ne sont pas beaucoup plus sécuritaires ni plus efficaces que les médicaments existants. Pour les sociétés pharmaceutiques, ces succédanés sont intéressants sur le plan commercial.
Vera Sharav, présidente de Citizens for Responsible Care in Psychiatry and Research, a déclaré : " En matière de protection contre les chercheurs trop zélés, les animaux ont plus de droits que les hommes" [6]. Que pensez-vous de cette citation ?
De nos jours, pour utiliser un humain comme cobaye, il faut obtenir son consentement éclairé ou celui de son tuteur légal. En d'autres mots, dans des circonstances normales, quelqu'un peut choisir de participer à un essai clinique et ce, de façon tout à fait volontaire. Toute recherche faisant appel à des humains devrait faire l'objet d'un examen sur le plan de l'éthique. Je crois qu'il y a à ce sujet encore beaucoup de place pour l'amélioration puisque même les comités les plus éthiques n'ont pas de représentation publique suffisante et ils n'ont certainement pas assez de représentants pour faire valoir les droits des patients ou pour s'occuper de la protection des consommateurs.
En ce qui touche les expériences menées sur des animaux, ces derniers n'ont aucun choix. Ils sont à la merci d'un système aveuglé par des fondements scientifiques erronés. Même s'il existe des lois conçues pour protéger les animaux et des inspecteurs pour veiller sur eux, un très petit nombre d'infractions sont éventuellement rapportées au Home Office du Royaume-Uni, et sur celles-ci, on ne recense pas un seul cas ayant mené à une condamnation en vertu de la loi intitulée 1986 Act. Des situations de cruauté et de négligence abominables ont été divulgués au public, non pas par des inspecteur du Home Office, mais grâce à des documents communiqués clandestinement ou des séquences vidéos dissimulées et des campagnes organisées par des personnes menant des campagnes en faveur des animaux.
Que pensez-vous de la déclaration faite par David Bowles de la RSPCA (association anglaise de protection animale) pendant qu'il remît à McDonald's une récompense pour son traitement humain des animaux : " Ce qui est important n'est pas que vous tuiez du bétail, c'est comment vous le tuez " ? [7].
L'abattage des animaux ne peut jamais s'effectuer sans les faire souffrir. L'élevage industriel des animaux dans des conditions de promiscuité artificielles, leur transport pathétique à l'abattoir et leur abattage constituent de la cruauté pratiquée à une magnitude que la plupart des gens ne pourraient même pas imaginer. Imaginez : un milliard (1,000,000,000) d'animaux sont abattus chaque année au Royaume-Uni.
Selon Hans Ruesh, le père de l'anti-vivisectionnisme : "Les militants du bien-être animal sont nos pires ennemis" [8]. Que pensez-vous de cette citation ? Hans Ruesh ne fait-il pas allusion au fait que les grosses associations animales ne sont pas abolitionnistes et soutiennent les 3 R ? [9]
Le concept des 3 R (réduire, raffiner, remplacer) est boiteux. Le seul concept qui soit valable est le remplacement total et ce, par des méthodes qui ne nécessitent pas l'utilisation d'animaux. Ceux qui soutiennent le concept des 3 R n'ont pas souscrit à l'argument scientifique contre la vivisection. Une personne qui réalise que l'expérimentation sur les animaux ne repose pas sur des principes scientifiques rigoureux ne demandera pas qu'on en fasse un peu moins : elle demandera plutôt son abolition totale. C'est un peu comme offrir un petit morceau d'un gâteau dont la date limite de vente est passée. Il est impropre à la consommation humaine, un point c'est tout !
Les défenseurs des animaux décrivent souvent les chercheurs qui expérimentent sur les animaux comme des criminels sanguinaires et sadiques. Que pensez-vous de ce choix de vocabulaire ? Aide-t-il à éduquer le grand public à comprendre pourquoi l'expérimentation animale existe ? Ce choix de vocabulaire n'est-il pas similaire à celui qu'utilisent les militants pro-life contre les obstétriciens qui pratiquent l'avortement ? De nombreux chercheurs sont obligés de pratiquer des expériences sur des animaux afin de faire avancer leur carrière. Ils sont plus des victimes du système que des êtres sadiques. Certains d'entre eux croient vraiment que ces méthodes produisent des résultats, du moins à l'occasion. L'expérimentation sur des animaux persiste pour diverses raisons. Elle est fondée sur des lois vieilles de 50 ans, plus particulièrement dans le domaine de la réglementation en matière de toxicologie. Cependant, la science a évolué depuis 50 ans, mais hélas, la loi n'a pas suivi. Nous devons réécrire les lois qui régissent les tests sur les animaux.
De plus, les expériences sur les animaux persistent parce qu'elle sont fondées sur des connaissances scientifiques qui remontent à 150 ans. Claude Bernard, l'élève de Descartes, a publié en 1865 son ouvrage " Introduction à l'étude de la médecine expérimentale ", qui a eu une influence énorme pendant de nombreuses décennies. Aujourd'hui, beaucoup de chercheurs savent qu'il y a plus de différences entre les chiens et les humains qu'il y a de similitudes entre eux. Malheureusement, certains scientifiques suivent encore les traces de Bernard...
On aurait pu nous pardonner, il y a cent cinquante ans, d'avoir crû que le cœur d'un chien qui bat est identique à celui d'un humain. Aujourd'hui, nous n'avons aucune excuse. Nous savons que la circulation sanguine dans un cœur du chien est bien meilleurs que dans un cœur humain. Nous savons également que le cœur de l'homme et celui de la femme réagissent différemment à un même médicament, fait que l'expérience sur des animaux ne peut simplement pas prévoir.
Un garçon de 16 ans, étudiant à l'université d'Oxford, qui en avait assez de recevoir des lettres d'insultes et de menaces de mort, vient de créer une association provivisection appelé Pro-Test qui a réuni près de 1 000 manifestants à Oxford, le 25 février 2006 [10]. Que pensez-vous de l'initiative de ce garçon, des supporters de Pro-Test ou d'ALF (Animal Liberation Front) ?
Qu'on le veuille ou non, les médias préfèrent une nouvelle sensationnelle à un débat scientifique sérieux sur la vivisection. Il se peut que le groupe Pro-test ne soit encore qu'un stratagème de relations publiques conçu pour divertir le public. Lorsque le tapage et l'agitation médiatiques seront calmés, on verra à nouveau le vrai visage de la vivisection pour ce qu'elle est - de la souffrance animale et de la souffrance humaine. La plupart des gens sensés refuseront qu'on balaye ce problème sous le tapis et ne lâcheront pas prise tant qu'on ne s'en occupera pas avec transparence, au moyen d'une enquête scientifique indépendante dans le domaine de la recherche animale.
Quand les associations de protection animale s'opposent aux tests cosmétiques, elles emploient souvent des mots comme vanité et futile. Que pensez-vous de ce choix de vocabulaire ? Il y aurait-il deux catégories de tests sur animaux : les "futiles et vaniteux" comme un shampoing ou un savon et les "sérieux et altruistes" comme le cancer et le sida ?
Les expériences sur les animaux ne peuvent prédire avec exactitude comment les humains réagiront au même produit. Ce fait est valable tant pour les produits médicaux que pour les produits non médicaux (cosmétiques et ménagers). Nous voyons encore une fois que l'argument scientifique contre la vivisection démolit ces barrières morales et éthiques artificielles.
Quand les associations françaises de protection animale font des campagnes contre la vivisection, elles se focalisent sur des photographies de chiens et sur les tests cosmétiques, jamais sur les rongeurs et la recherche médicale. Pensez-vous que ce type de campagnes grand public aide à faire augmenter le nombre d'antivivisectionnistes ou le nombre de donateurs ?
Bien sûr, c'est plus facile de " vendre " des images de chiots et de lapins mignons et de s'en prendre aux pratiques de tests de l'industrie cosmétique que de dévoiler au public l'expérimentation sur les animaux qui est pratiquée dans le cadre de la recherche médicale. Toutefois, si le public a la chance d'être sensibilisé aux conséquences désastreuses sur la santé humaine des tests sur les animaux, il ne pourra plus les tolérer. Compte tenu du comportement humain et de la façon dont les gens réagissent au message du mouvement antivivisection, je dirais que c'est la combinaison des images qui montrent la souffrance des animaux ET de l'argument scientifique qui permettra de mettre fin à la vivisection.
Les associations écologistes françaises sont très dynamiques pour dénoncer les OGM. Parallèlement, on n'entend jamais les associations de protection animale dénoncer les AGM (Animaux Génétiquement Modifiés). Selon vous, pourquoi les associations de protection animale ne condamnent-elles pas la fabrication de ces animaux ? N'y aurait-il pas un lien avec le fait que les animaux transgéniques sont majoritairement des rongeurs et des cochons, 2 catégories d'animaux qui n'ont jamais eu la faveur de ces associations ?
Au Royaume-Uni, la production et l'utilisation d'animaux génétiquement modifiés dans le domaine de l'élevage et de la vivisection ont été la cible d'attaques de la part de groupes de protection des animaux et de groupes antivivisection. Cependant, il est probablement exact de dire que la levée de boucliers a été moins importante dans le cas des souris génétiquement modifiées qu'elle ne l'aurait été si celles-ci avaient été des chiens.
La majorité des gens ont entendu parler de l'expérimentation animale mais la plupart ne savent pas qu'après les tests sur les animaux, les médicaments sont obligatoirement testés sur des humains. N'est-il pas plus facile de s'intéresser au sort d'un chien cobaye que d'un cobaye humain, souvent au chômage ou étranger (immigrés ou vivant dans un pays du Tiers-Monde) ?
L'utilisation de chiens afin d'étudier des maladies propres aux chiens est logique sur le plan scientifique. L'utilisation de chiens (ou d'autres animaux) pour étudier des maladies humaines ne l'est pas. Cependant, même si c'est dans le but de guérir des chiens, nous ne devrions pas faire des expériences sur des animaux sains et les rendre délibérément malades. Nous devrions plutôt étudier les chiens qui sont déjà malades et essayer de les aider avec des traitements qui se sont avérés prometteurs en laboratoire.
Le principe fondamental que nous devrions adopter devrait être d'utiliser dans la toute la mesure du possible toutes les méthodes de recherche pertinentes, au point où, après avoir épuisé toutes les avenues possibles, il n'a pas d'autre solution que celle d'essayer le médicament ou le traitement expérimental sur un animal vivant qui est déjà malade. Cette règle de base d'éthique devrait s'appliquer autant aux humains qu'aux animaux.
Ceux d'entre nous qui sont conscients de l'injustice morale et de la pseudoscience dont sont victimes les animaux et l'humanité par le truchement de l'expérimentation médicale ont le devoir de sensibiliser le public et le gouvernement à ce sujet. Ceux parmi nous qui sont des personnes bienveillantes et animées par la compassion ne font pas de distinction entre l'exploitation sans pitié des animaux et celle des humains. La compassion qui nous dicte d'aider un piéton blessé est la même que celle qui nous pousse à aider un chien ou un oiseau blessé.
En conclusion, comment voyez-vous l'évolution de la cause antivivisection et de la question animale, en général ?
Si je voulais être pessimiste, je dirais que le monde est une expérience de Dieu qui a mal tourné. Toutefois, tant que nous sommes vivants, nous pouvons encore faire notre part pour que ce monde devienne un endroit meilleur pour tous ses habitants (animaux et non animaux). La meilleure chose que nous pouvons faire est de donner soi-même le bon exemple, en respectant toutes les formes de vie. Ceux d'entre nous qui veulent en faire davantage et être proactifs doivent sensibiliser les autres aux injustices invisibles qui sont commises envers les animaux. La vivisection est en voie de disparition, et il est de notre devoir de faire en sorte que cela se produise le plus tôt possible.
Merci, André Menache
Notes : [1] Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals. [2] Un antivivisectionniste est une personne qui s'oppose à l'expérimentation animale. [3] Mode de vie qui exclut toute forme d'exploitation animale dans son alimentation, vêtement, loisir, etc. [4] Cette information est tirée de " Hitler, La naissance du mal ", un téléfilm historique réalisé par Christian Duguay (2003).). [5] 1876 : Dépôt de la loi anglaise intitulée Cruelty to Animals Act. Les expérimentateurs doivent demander un permis annuel et les expériences qui comportent de la douleur requièrent une permission spéciale. (En 1831, Marshall Hall, spécialiste en recherche animale, a proposé l'adoption d'un code de déontologie en matière d'expérimentation.). [6] Cette citation se trouve dans le livre " Au nom de la science " d'Andrew Goliszek, au chapitre sur le scandale de Willowbrook State School qui dénonce la vivisection humaine et l'utilisation de personnes handicapées mentales pour des expérimentations. [7] Cette déclaration peut être lue en cliquant sur ce lien : ICI. [8] Cette citation provient du livre " Vivisection or Science ? : An Investigation into Testing Drugs and Safeguarding Health " page 81, de Pietro Croce - Éditions Zed Books, 1999. [9] C'est en 1959 que le concept des 3 R : Réduire - Raffiner - Remplacer, fut publié par les 2 chercheurs britanniques, William M. S. Russell et Rex L. Burch. [10] Pour en savoir plus sur cet article, veuillez cliquer sur ce lien [>http://www.guardian.co.uk/animalrights/story/0,,1722508,00.html |








Ce que j'ai vu m'a bouleversé. Je ne pouvais croire que la seule voie créée par le bon Dieu pour faire progresser la médecine passait par la torture des animaux. Toutefois, lors de débats avec d'autres scientifiques, mes arguments moraux ne pouvaient rivaliser avec le cliché " ton chien ou ton enfant ". C'est mon incapacité à répondre à ce chantage émotionnel qui m'a indiqué ma mission de vie - trouver un argument scientifique contre l'utilisation des animaux, plus particulièrement en recherche médicale.









